Parler des migrants est un défi aujourd’hui à relever pour les Églises, devant l’émotion et les craintes que soulèvent l’accueil des étrangers en Europe et le durcissement des législations des conditions d’entrée, de séjour et du droit d’asile en France.
L’accueil des migrants est à la fois une question théologique, politique et humanitaire : dans la Bible, l’accueil de l’étranger est une constante réalité qui implique la justice et le droit (Ex.12, 49 ; Lév.24, 22).
Accueillir et entrer en dialogue avec l’autre est un choc culturel et religieux qui nécessite que bien des appréhensions de part et d’autre soient levées. Jésus en fait l’expérience avec la rencontre de la femme syrophénicienne (Mc.7, 24-30), qui concrétise cette ouverture universelle du salut de Dieu. Ainsi cet accueil au sein des Églises aboutit souvent à un enrichissement personnel et communautaire stimulant où chacun peut exprimer sa culture et sa spiritualité pour la vivre en communion. Lorsque cette pluralité est acceptée et reconnue, les paroisses sont au bénéficie d’une ouverture et d’un rayonnement de l’Évangile remarquables.
Sur le plan politique, cet accueil est devenu ces dernières années un enjeu électoral et identitaire lorsque la présence des étrangers remet en cause une logique sécuritaire et de protection de l’identité nationale promue par le gouvernement. Le débat lancé par le ministre de l’immigration Éric Besson est en ce sens significatif. Le migrant devient le bouc émissaire de tous les dangers potentiels. Le développement des Centres de rétention administratif, la marginalisation de l’action de La Cimade pour accompagner et soutenir les immigrés, sont révélateurs d’une attitude défensive et protectrice qui va à l’encontre de la Déclaration des droits de l’homme et la tradition de liberté et de fraternité de la République française.
Le colloque organisé à Paris par le Conseil des Églises en France (orthodoxe, catholique et protestants) le 11 mars dernier, a poursuivi ce débat pour dépasser la peur ambiante, en rappelant que les migrants ont besoin en urgence d’une aide humanitaire dans un contexte de survie, mais aussi de soutien et d’une reconnaissance fraternelle. Le défi est probablement pour les Églises que cette exhortation devienne une réalité pour chacun. Le migrant ne sera plus alors un étranger, mais un frère en humanité, signe visible de l’Amour de Dieu. Daniel Cassou